A la demande de son arrière petit-fils Denis PUGLIESI, nous allons mettre à l'honneur :
Madeleine MALGAT, niçoise de souche et femme du célèbre Docteur MALGAT de NICE,
elle a écrit des poèmes parfois un peu tristes mais très beaux.

LA NICOISE
Je suis Niçoise et j’en ai l’âme fière :
Avec orgueil je montre mon château ;
Je vis le jour sur le cours Pairolière,
Je dormirais là haut sur le plateau.
Depuis Riquier jusqu'à l’antique plage,
Du Mont-Boron à la place Saint-François,
De nos aïeux nous gardons l’héritage ;
Leur vieux Paillon sera toujours Niçois.
Les flots sont bleus comme des yeux de blonde
Plus scintillants qu’un chaud rayon d’amour :
Un ciel d’amour se reflète dans l’onde,
Où le soleil se mire tout le jour.
Vallons fleuris, collines odorantes,
Où les rosiers fleurissent douze mois,
Brise embaumée et senteurs enivrantes,
Dans un Eden, Dieu plaça les Niçois.
Les doux accents de l’orchestre sonore
Remplissent l’air d’accords mélodieux.
Dans les salons est reine Terpsichore,
Dans nos jardins se délectent les yeux.
Partout la joie a chassé la tristesse,
Nul ne rencontre un visage sournois.
Un comité préside à l’allégresse,
Le Carnaval est roi chez les Niçois.
Dès que l’hymen dans ses liens enlace
Deux cœurs s’aimant sur un sol étranger,
D’un vol rapide ils franchissent l’espace
Vers le pays où fleurit l’oranger.
Dans nos villas où l’amour se cantonne,
Le dieu malin a vidé son carquois.
Qu'ils soient bourgeois, marquis ou sur un trône,
Leurs premiers fruits sont les petits Niçois.
A son printemps la fleuriste est coquette ;
Elle est jolie et ne l’ignore pas ;
N’essayez pas de lui compter fleurette :
Tant pis pour ceux que tentent ses appâts.
Aux beaux diseurs de tendres balourdises
Elle répond d’un petit air narquois :
« Si vous voulez me dire des bêtises,
« Il faut, Monsieur, me les dire en Niçois ».
Soyez bénis, vous qui sur nos rivages,
Avec la grâce apportez la gaîté :
Hôtes chéris, ne soyez pas volages,
Nice vous offre et plaisir et santé ;
Par vos climats, une beauté flétrie,
Ici, se change en gras les frais minois.
Quand on arrive on pleure la patrie,
Mais au départ tout le monde est Niçois !

HISTOIRE D’UN PANTIN
Toujours la folie, aux sons argentins,
Rythme le galop des polichinelles,
Des pierrots galants, des vifs arlequins;
Toujours la folie, aux sons argentins,
Tire la ficelle aux masques badins
Qui vont gambadant sur ses ritournelles;
Toujours la folie, aux sons argentins,
Rythme le galop des polichinelles.
Un jour, un pantin poète et rêveur
Fit rimer le vent, la mer, le nuage,
Pour que sa Pierrette en eût la douceur ;
Un jour, un pantin poète et rêveur
Fit un clair sonnet, tout plein de son cœur ;
Mais elle s’enfuit, rieuse et volage
Lorsque son pantin, poète et rêveur,
Fit rimer le vent, la mer, le nuage.
Pour le gai corso, c’est toujours du bruit
Que le masque rie ou le masque pleure,
Et la farandole, en méandres fuit ;
Pour le gai corso, c’est toujours du bruit
A quoi bon rêver quand la lune luit ?
Nul songe ne vaut le plaisir de l’heure,
Car pour le corso, c’est toujours du bruit
Que le masque rie ou que le masque pleure.
Un pêcheur trouva le beau pantin mort
Dans le linceul bleu de la mer immense,
Bercé doucement par le flot qui dort ;
Un pêcheur trouva le beau pantin mort
Et puis, tristement, le prit à son bord
Celui qui dansait la veille en cadence.
Un pêcheur trouva le beau pantin mort
Dans le linceul bleu de la mer immense.
Mais, tout différent des autres pantins
Il avait les pieds, les mains sans ficelles
Le pauvre amoureux, vêtu de satins ;
Mais, tout différent des autres pantins
Qui vont chaque jour mimant leurs refrains,
Il avait aimé jusqu'à mourir d’elle ;
Oui, tout différent des autres pantins,
Il avait les pieds, les mains sans ficelle.

A MON PERE
Les morts dans leurs convois vers les tombes glacées,
Jamais, jamais ne s’en vont seuls.
Ce qu’ils ont pris de nous, notre amour, nos pensées,
Est enfermé dans leurs linceuls.
Leurs bras sont repliés sur leurs cœurs immobiles
Où sont gravés nos jours heureux.
Et tous nos souvenirs, ici-bas sans asiles,
Dorment en paix sous leurs fronts creux.
O toi, qui m’enseignas la beauté de la vie,
Tu rendis mon esprit plus grand !
Pour donner le bonheur à mon âme ravie
Tu voulus mon cœur plus ardent.
Tu me dis : « Chante, afin que jamais l’amertume
Ne se mélange à tes douleurs,
Afin que pour le bien ton amour se consume
Et que ta voix sèche les pleurs »
Mes pensées sont liées à ta sombre demeure
Ainsi que mon bonheur au tien,
Si bien que près de toi je ne sais si je pleure
Sur ton cercueil ou sur le mien.

LES HEURES MORTES
Sous un ciel embrumé, dans la lumière grise
De la fête des morts, novembre avec la brise
Pleure sur ce qui va finir.
Sut les chemins, jonchés par les feuilles jaunies,
La foule en deuil s’en va vers les tombes bénies
Porter les fleurs du souvenir.
Car de ce qui n’est plus, on trouve encor la trace ;
Les disparus, pour nous, ont laissé quelque place
Où leur voix murmure à nouveau ;
Où la lampe discrète, écartant les ténèbres,
Nous montre, en dévoilant nos reliques funèbres,
L’éternel paix du tombeau.
Mais tous les souvenirs, toutes les heures mortes,
Quel est leur cimetière, ô temps qui les emportes
D’un souffle dans l’éternité ?
Où pourrai-je porter mes roses parfumées ?
Où pourrai-je pleurer sur leurs tombes aimées,
Errantes dans l’immensité ?
Sous quel ciel avez-vous imprimé votre trace,
Moments trop tôt passés ? Serait-ce à la surface
Des flots mauves des mers du Nord ?
Dans la brise qui court sur l’Alpe solitaire,
Ou sur la blanche grève où la mer de Phalère
Au pied de l’Hymette s’endort ?
Souvenirs qui lassez ma décevante étreinte
Refaites-vous matière, et que la cloche tinte
La fin de votre long sommeil !
Appelez-moi ! J’irai, fut-ce à travers les mondes,
J’irai pour dissiper les ténèbres profondes
Et revivre à votre réveil.
Rêves décolorés pleins de mélancolie,
Heures mortes flottant sur mon âme affaiblie
Comme sur un vide béant,
Préférez-vous au bruit le silence des dalles ?
A la clarté, la nuit des voûtes sépulcrales ?
Au bonheur vécu, le néant ?
Si votre sépulture était au cimetière,
J’irais ravir, la nuit, en soulevant la pierre
De vos tombeaux mystérieux,
Vos restes ranimés, et vous reprenant toutes,
J’emporterais jusqu'à la poussière des voûtes
Comme un parfum dans mes cheveux !
Où pourrai-je effeuiller mes fleurs de chrysanthème ?
La nature a détruit jusqu’à la trace même
Des larmes et de la douleur !
Sur mon corsage en deuil, il me faut les répandre :
Heures mortes, je sens que toute votre cendre
A son sépulcre dans mon cœur !

LE SECRET DE LA MARQUISE ISABELLE
Villanelle
Ce que mon souvenir recèle,
Plus léger que le liseron,
Serait brisé par un coup d’aile.
Si je l’exprimais sur la vielle,
Le vent prendrait, comme un larron,
Ce que mon souvenir recèle.
J’en ferais une ritournelle,
Mais bientôt le vers fanfaron
Serait brisé par un couple d’aile.
Dans une aérienne nacelle
J’emporterais, sans aviron,
Ce que mon souvenir recèle,
Mais le rêve, fier et rebelle,
Dont Pégase sent l’éperon,
Serait brisé par un coup d’aile.
C’est plus que la terre éternelle,
Moins que le vol d’un moucheron,
Ce que mon souvenir recèle.
Car cet amour, toujours fidèle
Qui fléchira même Caron,
Serait brisé par un coup d’aile.
Pitié, faites-vous moins cruelle,
Loi qui nous vient de l’Achéron.
Ce que mon souvenir recèle,
Serait brisé par un coup d’aile.
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