Je vous l'avais annoncé, notre écrivain Jany nous a préparé un petit feuilleton.
Je m'invite chez vous pour le lire en votre compagnie, c'est tellement plus amusant d'être ensemble, d'apprécier et commenter ce feuilleton écrit pour notre site par une amie qui ne l'a fait que pour nous faire plaisir.
Vite un thé et laissons notre imagination vagabonder.......

 

Vous pouvez nous donner vos impressions, cela fera plaisir à Jany - MERCI

 

Josépha for ever.

 

I.-

 

Par cette sombre nuit d'orage, Josépha était chez elle en proie à une grande confusion ... ne sachant quoi de la colère ou de la peur allait la submerger ...

Dans le garage de l'immeuble, elle venait de croiser son voisin du premier qui, sans doute éméché comme à son habitude, avait entrepris soudainement de lui déclarer sa flamme !

Josépha avait d'abord souri ... habillé comme un zouave, sa tignasse rousse en pétard, il lui inspirait plutôt une indulgente pitié qui virait peu à peu à l'hilarité ... Mais elle avait surestimé le degré d'ivresse du yéti ! il devint brusquement agressif et fit mine de plonger sur elle.

Alors, en poussant des cris stridents dans l'espoir d'ameuter les voisins à sa rescousse, elle se précipita vers l'issue de secours dans l'intention de brancher le système d'alarme incendie ... ce qui, en arrosant son poursuivant, aurait pu calmer ses ardeurs ...

Malheureusement pour elle, une cagette de choux oubliée dans le couloir par l'épicier du rez-de-chaussée lui coupa son élan ... et elle s'étala de tout son long dans la verdure qui émit un crissement mouillé sous ses talons aiguille.

Elle se releva en hâte, pestant contre le commerçant négligent à cause de ses collants résille maintenant complètement foutus et, non sans prendre soin de répandre encore davantage les légumes dans le couloir pour entraver son poursuivant, elle grimpa quatre à quatre les deux étages et arriva, haletante, devant sa porte ...

Dans sa panique elle eut un mal fou à glisser sa clé dans la serrure, au demeurant tout à fait quelconque, puis l'ayant enfin vaincue, s'affala sur son canapé .... où elle ne savait quoi, de la peur ou de la colère, allait la submerger ......

 

 

Josépha for ever.

II.

 

… tout à coup, un rire énorme et démoniaque retentit dans le salon de Josépha … Instinctivement, elle éteignit la lampe posée sur le guéridon à gauche du canapé …

Pétrifiée sur ses coussins qui lui semblaient changés en pierre, telle un traîneau pris dans les glaces d’un glauque matin d’hiver privé d’aurore boréale, elle regardait fiévreusement autour d’elle, cherchant lequel des objets les plus proches pourrait être une arme qu’elle pourrait écraser sur la tête de son agresseur …

Elle sentait un souffle bestial et aviné se rapprocher … les choux de l’épicier négligent n’avaient donc pu arrêter le yéti !! … cré nom ! allait pas se laisser exécuter sans bouger quand même ! elle n’avait aucune envie d’être à la Une de Nice-Matin … la chronique nécrologique … très peu pour elle !

Rassemblant tout son courage, elle entreprit de glisser vers l’autre extrémité du canapé … n’osant bouger qu’en frôlant les coussins de velours soyeux comme des dessous … vers le guéridon de coin où, sur le dernier napperon en losange qu’elle avait brodé au long de ses soirées paisibles … (pas comme ce soir là hein !) … elle avait laissé la veille la bouteille de sirop ordonnée par son médecin pour combattre cette toux persistante et sèche qui l’empêchait de dormir depuis une semaine … pffiiouuuu qu’il était amer ! !! ….

Elle se saisit du flacon d’une main tremblante et, l’oreille aux aguets pour localiser le yéti, fermant à demi les yeux pour entr’apercevoir sa silhouette qui se découpait en ombre fugace sur les rideaux de brocart ponceau … elle propulsa, d’un geste sec et ajusté, la bouteille qui émit dans sa course brève puis fracassante, le même sifflement que celui de la flèche de l’Iroquois lorsqu’elle vous frôle aux oreilles …

 

 

Josépha for ever.

III.

 

......sans attendre le résultat de sa manoeuvre, Josépha franchit d’un seul bond la distance qui la séparait de la porte du salon, qu’elle rabattit brutalement, se précipitant sur le palier où elle se mit à tambouriner du poing, du genou et des pieds sur la porte de l’appartement mitoyen où elle espérait trouver refuge ......

Le raffut qu’elle faisait ameuta le voisinage et, à chaque étage, venaient s’agglutiner tout au long de la rampe d’escalier des têtes nombreuses et hirsutes, des embigoudées et des brillantinées, des comme-des-boules-de-billard et des enchignonnées … un vraie procession ma foi ! .....

Et chacun y allait de son commentaire :

... et alors ? c’est pas fini ce boucan ?

... z’allez laisser dormir les gens sacrebleu !

... la police ! appelez la poliiiiiiiiice … vociférait tout en bas la bignole, emberlificotée dans son jupon tout troué à force de traîner par terre lorsqu’elle écoutait aux portes …

... ouiiiiiiiiii ! au secouuuuurs !! appelez la poliiiiiice hurlait Josépha qui continuait à cogner de toutes ses forces sur la porte du voisin ... qui devait être sourd comme un pot pour n’avoir pas encore réagi au ramdam ....

Soudain la porte s’ouvrit brusquement et Josépha, emportée par son élan, s’écrasa de tout son long sur les mosaïques de l’entrée, le nez sur les chaussures de l’imposant Arno Van Beulemans qui, dans la félicité profonde de celui qui gagne honnêtement sa pitance, mastiquait nonchalamment ses frites/saucisse/lentilles préparées avec amour par sa tendre moitié ....

Et ce qui devait arriver, arriva : sous le choc, les victuailles exécutèrent un impeccable saut-de-l’ange jusqu’aux boucles rousses de Josepha, qui prirent instantanément l’éclat huileux de rastas.

Electrisée comme si elle venait de sentir le venin d’un cobra lui fouetter le sang, Josépha se releva, furieuse, et extériorisa la terreur qui la secouait depuis qu’elle s’était échappée de chez elle en assénant une gifle magistrale au piteux Arno qui n’y comprenait goutte !

 

 

 

Josépha for ever.

IV.

 

…… mais pendant ce temps là, dans l’appartement de Josépha, Jo le planchiste, l’aviné du premier (car c’était bien lui qui s’était introduit chez elle !) dans un tangage involontaire avait esquivé le flacon volant mais s’était empêtré dans les rideaux …

Eructant une bordée de jurons, il essaya de virer le lourd brocart ponceau qui l’aveuglait et l’entravait encore … mais ses gestes désordonnés l’entraînèrent en une valse hésitation qu’il termina brutalement sur le piano qui s’interposait entre lui et la porte … gling .. gling …bong .. bidong …

- crrrévindieu ! b….l de m….e ! ousskèlé la mousmée ?? hurlait-il en frottant ses phalanges écrasées par le couvercle que le piano avait rabattu insidieusement sur ses mains … j’va lui faire sa fêêêête à la rouquiiiiine !!

Titubant à travers le salon qui n’était éclairé que par la lueur des becs de gaz filtrant de la rue par l’interstice des volets mal fermés, diffuse et aussi pâle que celle que reflète la neige sous une pleine lune de printemps, intrépide et obstiné comme une autruche qui attaque et poursuit son voleur d’œuf, Jo le planchiste suivait son idée …

- j’va lui fèèèèèrrrre sa fêêête ! créééééénom ! hihihihi … hic ! houlààà … hic !

Sauvé de la chute par l’étroitesse du couloir où chaque mur se le renvoyait à chaque pas comme un pantin de chiffon, il allait droit devant, jambes raidies mais cependant fermes, grâce à la planche à voile qu’il pratiquait intensivement sur toutes les mers et océans du globe. De rebond en rebond, il atterrit ainsi contre la porte du fond qui céda brusquement sous son poids … son élan l’emporta et lui fit piquer de la tête dans les restes de la salade de concombre sur la table que Josépha, impatiente de regarder à la télé son émission préférée, avait négligé de débarrasser. L’odeur douceâtre et détestée du cucurbitacée eut raison de l’estomac de Jo le planchiste et … beurk beurk beurk …

 

Josépha for ever.

V.

 

… c’est évidemment à ce moment précis que Josépha gicla dans la cuisine, éparpillant dans son sillage les frites/saucisses/lentilles répandues sur sa tête par le piteux Arno d’en face … les yeux englués, elle ne sentit pas le danger …elle aperçut bien trop tard le planchiste arc-bouté sur l’évier et …et … splashhhhhhhh …. ils s’écroulèrent en une mêlée digne du XV de France lorsqu’il rencontre le pack au Chardon !

Les voisins arrivèrent en cavalcade, ameutés par les cris de hyène que poussait Josépha … les premiers arrivés furent stoppés net dans leur élan par le spectacle qui s’offrait à leurs yeux écarquillés : vautrés l’un sur l’autre et recouverts de détritus innommables, Jo et Josépha donnaient à voir pire encore que des marins agonisants rongés par le scorbut ….

Agglutinés dans l’encadrement de la porte comme les vacanciers à celle du wagon qu’ils veulent conquérir un jour de départ en congés payés, hésitant quelques secondes entre les nausées et l’hilarité, les voisins laissèrent enfin exploser leurs rires …

Là-dessus, la bignole soufflant comme un bœuf pour avoir monté les escaliers quatre à quatre, tenant à deux mains ses nichons flasques soutenus par miracle par la ceinture de son tablier qui lui battait les mollets, escortée de deux pandores moustachus et ventripotents, se fraya bruyamment un passage parmi l’assistance rigolarde, apostrophant vertement ceux qui résistaient à ses injonctions énergiques …

… laisseeez passeeer ! écartez-vous sacrénomd’un’pipe ! laissez passer la poliiiiiiice !!

Le seul mot de « police » eut un effet immédiat : comme mue par un ressort longuement bandé qui se libère brusquement, Josépha se releva et se jeta sur le premier uniforme qu’elle aperçut devant elle …

… au secouuuurrs ! à moaaaaaaaaa !! …

… calmez-vous Madame ! calmez-vous !! … l’exhortait le pandore, lui-même d’un calme exemplaire tout en essayant de se défaire des bras de Josépha qui l’enlaçaient tels les tentacules d’un poulpe amoureux … calmez-vous !! et venez vous installer sur le canapé …

Pendant ce temps, parfaitement indifférent au tohu-bohu environnant, étendu de tout son long sur le sol glacé, Jo le planchiste ronflait...

 

Josépha for ever.

VI.

… Mamma mia ! ma qué malheur ! … mais regardez-moi ça ! … glapissait la bignole devant l’étendue du désastre … et c’est qui qui va devoir nettoyer tout ça ? hein ? … bibi ! comme d’habitude ! … et avec quoi ? hein ? … crénom de crénom de crééénom ! et z’ont même pas renouvelé mon stock de torchons ! … aahhh misère ! c’est toujours pour les mêmes les corvées …

… et tout en bancalant, ce qui donnait à ses nichons flasques un dangereux mouvement de pendule à la recherche de la source miraculeuse, elle retourna sur le palier :

… Eh ! vous zôtres ! y a un colis à déplacer ! z’allez me ramener le sportif chez lui … et qu’ça saute !

Elle empoigna alors vigoureusement les deux premiers des badauds qui regardaient la scène et les traîna dans la cuisine …

…. Allez ! hop ! enlevez !!!

Arno saisit le ronfleur sous les aisselles, tandis que Jules, ses lunettes destinées à corriger une myopie avancée posées de guingois sur un nez cramoisi, tâtonnait lamentablement le long des jambes musclées du planchiste étalé sur le sol comme un albatros qui sèche ses ailes après une longue pêche. Il réussit enfin à crocher ses larges mains de maçon fatigué autour des chevilles du ronfleur et, cahin-caha, l’évacuation réussit !

Pendant ce temps, le gendarme avait réussi à calmer Josépha … elle ressortit enfin de la salle de bains, à peine vêtue d’un court kimono arachnéen, ses pieds mignons enfilés dans des mules emplumées de duvet d’autruche, toutes canines dehors, rendues plus éblouissantes encore par le carmin dont elle avait souligné ses lèvres pulpeuses … elle traversa le salon de son allure chaloupée et, saisissant la jolie coupe de cristal placée sur la crédence pour le rituel apéro du soir, se versa une longue rasade de cet onctueux curaçao ramené de ses dernières vacances …

C’en était trop pour notre pandore ! … tous les souvenirs de ses soirées solitaires dans le placard des revues illicites saisies lors d’opérations-surprise se mirent soudain à carillonner dans sa pauvre cervelle … ses genoux s’entrechoquaient, sa bouche béait en une moue chevaline, ses joues flambaient d’un feu ravageur et ses yeux peinaient sauvagement à demeurer dans ses orbites …

Comment, dans un état pareil, allait-il pouvoir démasquer l’agresseur de Josépha ????

 

 

Josépha for ever.

VII.

… Tout en lapant langoureusement sa coupe de curaçao, Josépha pianota d’un doigt agile sur les touches du téléphone écarlate … la lune qui piquait ses rayons sur le marbre blanc du guéridon, nimbait ses épaules d’un éclat laiteux … et l’on voyait dans ses yeux brillants défiler tout un monde :

… d’accord … a l’air un peu poivrot sur les bords ce Jo le planchiste … et l’avait un air miteux … ! là, allongé sur le carreau ! … mais … hum hum hum … l’es pas mal du tout ! … d’accord … il veut me « faire la fête » … et moi, je préfère les romantiques … mais, au fait, il veut dire quoi par « lui faire sa fête à la rouquine » ? … j’en sais rien moi ! … tu rates peut-être l’expérience de ta vie là ma cocotte … mais j’peux pas aborder ce satyre sans savoir …

… « Allooooooo » sa voix était anxieuse …
… « Bella, quel bonheur ! » … tu es là …

… « si tu savais c’qui m’arriiiiive !!!! ohlalala … je suis em…..bêtée … y a qu’toi qui peux me tirer de ce mauvais pas ! mais j’peux pas te dire au téléphone … faut qu’tu viennes !! »

… « Oui ma chériiieeee, mais volontiers ma chériiiieeee »

Pendant ce temps, notre gendarme cramoisi lissait sa moustache intensément … avec la grâce de l’éléphant qui se débarrasse de ses parasites dans l’eau boueuse du marigot, il essayait de retrouver sa dignité en palpant frénétiquement chaque poche de son uniforme à la recherche de son carnet de notes … Après un certain temps qui lui parut durer un siècle, il tira de sa poche intérieure une sorte de paquet informe qui, loin de ressembler à un parchemin, faisait plutôt penser à un rouleau de papier toilette au retour d’une semaine de camping …

… « Arrêtez de miauler » lança-t-il sèchement à Josépha … et asseyez-vous ! je vais prendre vot’déposition !

En un éclair, Josépha comprit qu’elle se devait d’être circonspecte pour ne pas braquer le sportif avec des déclarations intempestives au cas où, après les conseils de Bella, elle déciderait de partir à l’étude des réjouissances promises … dans une telle situation, le silence est la meilleure attitude se dit-elle … et feignant le malaise, elle se laissa aussitôt choir sur le tapis comme une pierre qui, éclatée par la morsure du gel d’une nuit sombre et glacée, déboule avec fracas et vient perforer vos pneus alors que vous avez oublié votre roue de secours …

 

 

Josépha for ever.

VIII.

… sssgrrooonnnchhh … pfffeeeeiii .. ssgrrooonnncheee … pfffeeeeiiii … ssgrrooo … hein ?? quoi ?? c’est qui ??… grogna péniblement notre sportif, tiré abruptement de sa léthargie profonde par un son strident venu d’il ne savait où … hein ? ouiiiii ?? pu…aiiing ! c’est quoi c’te cornemuse qui me vrille la calebasse ? …

Mû par ses muscles moins oublieux que ses neurones, il s’extirpa de l’édredon et …. splaaashhhhh ! … se retrouva instantanément le nez dans ses chaussures, charitablement semées sur le paillasson qui faisait office de descente de lit par ses voisins rapatrieurs …

… et m…eeeeeeee !! …

Cependant, le fumet délicieusement putride qui envahissait ses narines faisant son effet sur son sens de l’orientation sur-développé par l’exercice intensif de la planche à voile, Jo se releva d’un bond et, massant instinctivement ses mandibules douloureuses, ses mollets maîtrisant parfaitement le tangage qui sévissait encore sous son crâne, il atteignit la porte palière qu’il ouvrit d’un geste large.

… M’sieur Jo ?? veuillez nous suivre !

Ahuri comme une Salers qui pointe sa lyre vers le cortège des randonneurs du dimanche venus admirer sa robe acajou, Jo contemplait sans comprendre la face écarlate, surmontée d’un képi branlant, qui lui intimait cet ordre …

… mais mais …

… clic clac ! … en moins de temps qu’il ne faut pour battre un briquet, il sentit sur ses poignets la morsure glacée de deux bracelets étroits.

… mais mais … c’est illégal !!!! … c’est illégaaaaallll … c’est illégaaaalll … braillait-il en essayant de résister …

… z’allez fermer vot’clapet hein ! sinon j’men vas vous coller un adhésif sur vot’ grand’gueule !

… mais mais … pourquoi ?? demanda Jo subitement dégrisé …

… agression sur vot’voisine M’dame Josépha ! … et avec violation de domicile, hein ! … sans parler d’l’état d’ivresse ! …. aaahhh ! vot’compte est bon, savez !! …

Jo sentit alors son avenir se désintégrer … adieu tous ses rêves de conquête de la belle pour qui il se consumait de passion depuis de si longs mois … sans jamais oser lever les yeux vers son regard émeraude … résistant héroïquement à plonger ses doigts dans ses boucles flamboyantes chaque fois qu’il la croisait dans l’escalier … adieu nuits de fièvre à l’imaginer, séparé d’elle par un mince plancher indiscret grâce auquel, les yeux rivés au plafond, il suivait ses allées et venues au seul tac-tac de ses mules enduvetées … cervelle embrasée et cœur affolé que, seules, des jattes de verveine qu’il se forçait à avaler bien qu’il n’en aimât pas du tout la saveur douceâtre réussissaient à apaiser quelque peu …

 

Josépha for ever.

IX.

… sans plus tergiverser, le gendarme, tirant fermement sur la chaîne des menottes qui rendaient le grand Jo à sa merci, l’emmena derechef à l’étage supérieur où son collègue, chargé de recueillir la plainte de la belle, essayait par tous les moyens de ranimer Josépha affalée sur le tapis comme un foc encalminé …

Le spectacle qu’il découvrit finit de désespérer notre sportif … les dernières vapeurs d’alcool qui embuaient encore ses pupilles laissèrent alors perler une eau légère et il tomba à genoux, se laissant submerger par un ravissement aussi profond que soudain …et bientôt ses lèvres balbutiantes laissèrent échapper quelques mots informes que les Bleus ébahis et n’en croyant pas leurs oreilles, prirent pour des aveux …

… oh ma douce.. ma lumière.. mon rêve.. ne meurs paaaas.. je mourrai aussiiiiiiiiii..

… hola ho … non mais … qu’est-ce qu’il nous fait là, l’asticot ? … allez ! debout ! et plus vit’que ça ! glapit le gendarme en secouant l’éploré … et d’une bourrade bien ajustée, il l’envoya s’asseoir sur le tabouret du piano, resté miraculeusement protégé par les lourds rideaux de brocart ponceau arrachés lors de son précédent passage dévastateur dans l’appartement …

… et arrêtez d’gémir comme une vieille girouette hein ! l’es pas morte la dame ! z’avez d’la chance hein ! … car sinon … zouiick ! lui asséna le pandore en appuyant ses dires d’un geste évocateur sur sa pomme d’adam …

Indifférent à ce qui se tramait autour de lui, Jo ne pouvait détacher son regard de l’objet de sa passion … perdu dans son désespoir, il fixait un lambeau de plume d’autruche qui, détaché d’une des mules légères, gisait devant la bouche carminée de Josépha et palpitait doucement sous son souffle … il semblait hypnotisé… comme si sa vie ne tenait plus qu’à ce duvet tremblant … et il répétait et répétait sa litanie … oh ma douce.. ma lumière.. mon rêve.. ne meurs paaas.. je mourrai aussiiiiiii …

… j’ai faim !! lança soudain Josépha en se mettant gracieusement sur son séant …

Un sourire angélique de novice au seuil du don suprême flottait sur ses lèvres et ses boucles retombaient en larges bandeaux devant ses yeux qui étincelaient d’une ardeur mal contenue, nourrie des douces paroles qu’elle venait d’entendre …

… Messieurs les gendarmes, soyez magnanimes ! et libérez mon gentil voisin … qui va sans attendre m’emmener au restaurant … pour se faire pardonner … minaudait-elle, tout en lançant de chaudes œillades au grand Jo qui remontait peu à peu mais sans y croire encore de l’abîme de son désespoir …

Ces mots, presque un cri, avaient fait sursauter jusqu’aux voisins restés agglutinés sur le palier ! tous, soulagés par la tournure que prenaient les évènements, se ruèrent sur les gendarmes pour les aider à prendre leur décision … ce fut pourtant la détermination de la bignole qui, telle un parrain trônant devant sa troupe, brandissait d’une main ferme son manche à balai, qui fit capituler les agents de la force publique.

A SUIVRE ...............................

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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